Frédérique Bourdin – Papillon – © Tous droits réservés


Entrevue

Abdelouahid Bennani (poète) : _ Bonsoir Frédérique, tu t’es enfin décidée à publier ton recueil, depuis le temps que tu écris. Est-ce dû à Paris ? (sourire)

 

Frédérique Bourdin : _ Bonsoir Wahid. Sourire… Non, mon recueil n’est pas dû à Paris. Je le dois à Guy qui m’a demandée si j’étais intéressée pour publier, à l’automne dernier. S’il ne l’avait pas fait, je pense que ce recueil ne serait pas sorti tout de suite parce que je suis très exigeante envers moi-même et jamais totalement satisfaite du résultat. J’estimais pouvoir faire mieux avant d’être publiée mais finalement, le résultat me comble. Quant à Paris… je dirais que c’est la cerise sur le gâteau.

 

A. Bennani : _ Le bonheur que tu vis à présent t’inspire-t-il autant que les échecs sentimentaux ?

 

F. Bourdin : _ Sourire… j’ai envie de te répondre une chose : tu verras bien dans le second recueil mais oui, il m’inspire tout autant, sinon plus parce que ce bonheur là, c’est le présent et je le vis pleinement.

 

A. Bennani: _ « D’ailes brisées à elle sensuelle » ? J’avoue ne pas comprendre le sens de ce titre.

 

F. Bourdin : _ « D’ailes brisées à elle sensuelle »… C’est un peu le « résumé » de ces deux dernières années de ma vie. Transformer les « ailes brisées », douleurs de l’âme, en « elle sensuelle », féminité, amour. C’est ce que je suis parvenue à faire, et j’ai retranscris mes sentiments au travers de ce recueil qui me raconte.

 

A. Bennani : _ Ce recueil rassemble-t-il toutes tes poésies depuis le collège où tu considérais l’écriture comme un moyen d’évasion ?

 

F. Bourdin : _ Non. Seuls les poèmes écrits depuis deux ans sont présents. Ceux que j’écrivais au collège doivent être quelque part dans un grenier de la maison familiale sur des feuilles poussiéreuses. Je me revois encore assise dans mon grenier où j’aimais m’enfermer pour écrire à la lumière d’une ou plusieurs bougies. J’avais déjà l’impression de m’évader.

 

A. Bennani : _ La couverture est illustrée par un papillon aux formes humaines. Est-ce ainsi que tu te vois, un papillon humain ?

 

F. Bourdin : _ Sourire… Non. Si c’était le cas, j’aurais tout fait pour avoir des ailes de papillon dans le dos… rires… quoique… avec le tatouage que j’ai sur les reins, ce n’est qu’une demi-vérité. Mais non, je ne me considère pas comme tel. Le papillon est apparu à peu près en même temps qu’est revenu l’écriture. Il est le symbole de l’envol, de la vie, de l’éveil. Il est éphémère aussi, comme nos vies. Il me permet de me rappeler qu’il faut profiter de chaque instant qui passe, et faire en sorte de ne jamais rien regretter. Le papillon est très symbolique en ce sens, il vit, il profite et puis j’aime beaucoup aussi cette phrase : « Un battement d’aile de papillon à Paris peut provoquer, quelques semaines plus tard, une tempête sur New-York »… chaque geste, chaque pensée, a des répercussions sur quelque chose ou sur quelqu’un, que l’on soit ou non paré de bonnes intentions.

 

A. Bennani : _ Un papillon est comme le paon  qui adore montrer ses magnifiques plumes, mais ce n’est qu’un « Insecte » ébloui par la lumière qui le brûle. Des instincts suicidaires ?

 

F. Bourdin : _ Le papillon est différent du paon. Le paon se pavane tandis que le papillon se contente d’Etre. Il ne déploie pas ses ailes pour se faire admirer, il les déploie seulement s’il est importuné ou alors pour découvrir de nouveaux horizons. Il arrive parfois qu’un papillon se brûle mais qui peut se vanter de ne s’être jamais brûlé les ailes quelque part ? Ce n’est pas être suicidaire pour autant, et ce n’est pas mon cas. Est-ce la lecture de mon livre qui t’a inspiré cette question ?

 

A. Bennani : _ Oui, il y a plusieurs poèmes dont je nomme un dont le titre est « Abandon » :

« De leur départ elle ne s’est pas remise

Elle ferme les yeux et s’en va les rejoindre. »

 

F. Bourdin : _ Tu n’as pas tort… Pris au premier degré, ces vers peuvent y faire penser et lorsque je les ai écrit je me rappelle y avoir songé. Mais on peut aussi les prendre dans un sens différent. Lorsqu’elle part les rejoindre, on peut aussi penser qu’elle est si fatiguée d’avoir tant de peine qu’elle se réfugie dans le sommeil afin d’être avec eux dans ses rêves. Epuisée par le chagrin ? Dépressive ? Suicidaire ?… Plusieurs explications possibles auxquelles le lecteur peut s’identifier suivant ses propres expériences.

 

A. Bennani : _ Quel serait la couverture de ton second recueil, un autre papillon ? (sourire)

 

F. Bourdin : _ Non, pas de papillon en couverture pour le prochain. J’ai déjà l’idée de la couverture et du thème mais… chut…

 

A. Bennani : _ Et ce sera pour quand, ce deuxième recueil, Frédérique ?

 

F. Bourdin : _ Je ne sais pas… peut-être cet hiver ou au printemps prochain, voire plus tard. Je n’ai jamais réussi à « dresser » les mots pour qu’ils répondent présents lorsque j’ai envie d’écrire. Je les laisse mûrir. Alors quand ? Je ne sais pas mais bientôt j’espère.

 

A. Bennani : _ Tu commences ton recueil par le « 13 Juin », pourquoi cette date qui porte le nombre 13 ? Est-ce bien la date du décès de ta défunte mère ?

 

F. Bourdin : _ Oui, c’est la date de son décès, 13 juin 2005. Si j’ai commencé par celui-ci, c’est parce que cette date coïncide plus ou moins avec la naissance de « Papillon ». Ce recueil m’a permis de tourner une page plus sereinement sur une partie de ma vie alors c’est naturellement que je lui rends hommage avec mes poèmes, en plus de lui dédicacer mon livre. C’est une manière de lui dire ce que j’avais sur le cœur, et une habitude que j’ai gardée pour « communiquer » avec elle. Cela me donne l’impression d’une correspondance, mais à sens unique, certes.

 

A. Bennani : _ On imagine que les tout premiers poèmes sont dédiés à ta maman. Et, dans toutes les religions, dans toutes les cultures la mère est plus « vénérée » que le père. C’est du à quoi ?

 

F. Bourdin : _ Sans prétendre avoir réponse à tout, je pense que si la mère est autant « vénérée » c’est bien parce qu’elle a la capacité d’enfanter. Pour un enfant, la mère est le lien avec la vie. Elle écoute, elle conseille, elle console. C’est un guide. Perdre sa mère, c’est perdre une partie de soi, de son identité. La mère est un « pilier » dans une famille. Tout passe par elle, elle sait tout, elle connaît tout (du moins le croit-on lorsqu’on est enfant). Perdre sa mère, c’est perdre des repères qui ont toujours été présents. Il faut alors construire les siens si cela n’a pas été fait auparavant.

 

A. Bennani : _ On sait que ta petite « Crevette » compte beaucoup pour toi. As-tu pensé écrire des poèmes pour les enfants, sachant que la littérature enfantine connaît un grand avenir ?

 

F. Bourdin : _ Ma fille a eu six ans ce mois-ci. La « crevette » est grande maintenant mais je préfère partager la littérature enfantine avec elle au moment de la mettre au lit, juste avant de lui souhaiter une bonne nuit en la serrant dans mes bras.

 

A. Bennani : _ L’Internet semble avoir changé pas mal l’existence des internautes.  Ceci va de l’amour Numérique  jusqu’à la publication poétique. Ceci pour conserver la rime (sourire). Te sens-tu aussi concernée par ce géant de la technologie ?

 

F. Bourdin : _ Bien sûr. J’ai découvert Internet il y a deux ans, lors de mon retour dans la maison familiale. J’ai rencontré beaucoup d’amis par ce biais. Certains sont encore virtuels, comme toi par exemple, tandis que d’autres sont des amis que je vois dès que l’occasion se présente. La plupart sont des gens concernés par la poésie ou la littérature, mais pas seulement. J’ai été amenée à rencontrer des gens avec qui je n’aurais peut-être jamais sympathisé dans des circonstances réelles et c’est un moyen « express » pour réaliser des projets, comme la publication par exemple. Et puis… comment pourrais-je ne pas me sentir concernée alors que j’ai rencontré Thierry de cette manière ?

 

A. Bennani : _ Replongeons dans les poèmes. Quels sont les principaux thèmes de tes poésies ?

 

F. Bourdin : _ Les douleurs d’abord, comme la mort avec l’incompréhension, les questions, la rage et l’acceptation. Comme un coup de gueule ou un coup de blues, les douleurs peuvent avoir des visages très différents. Le second thème, c’est l’amour qui reste lui aussi très vaste. Ces deux thèmes seront présents dans mon second recueil, ce qui ne l’empêchera pas d’être très différent de celui-ci.

 

A. Bennani : _ J’ai compté une dizaine de poèmes érotiques qui commencent à partir de la page quarante. De l’érotisme décent, j’en conviens. Et je trouve que dans la poésie hispanique, ce thème est plus usuel qu’en français. Ou bien as-tu un autre avis ?

 

F. Bourdin : _ Je suis de ton avis sur l’érotisme décent (trop ! – rires…) de mes poèmes. Par contre, j’ai eu l’occasion de traduire des poèmes espagnols, par curiosité, lorsque j’étais sur Psf (Poetas Sin Fronteras) et c’est vrai que l’érotisme y est plus présent qu’en France. On dit des espagnols qu’ils ont le sang chaud. Peut-être que les Français sont trop coincés ou timides pour oser écrire des textes semblables. En tout cas ce dont je suis sûre, c’est que l’érotisme dans l’art en France n’a pas un très bon accueil au niveau du public mais surtout au niveau des administrations organisatrices d’événements artistiques.

 

A. Bennani : Tu écrivais pour qui avant de commencer à publier tes poésies ?

 

F. Bourdin : J’ai écris et j’écrirai encore pour ma mère, mon père, ma fille, mes amis, mes amours, j’écris pour tous ceux que je côtoie ou pour tous ceux à qui j’ai un message à faire passer. Mais avant tout c’est pour moi que j’écris. Cela me permet de me soulager d’un poids, qu’il soit léger ou non. L’écriture est un art solitaire.

 

A. Bennani : Il m’est arrivé de lire tes proses, et je dois dire que là aussi tu te débrouilles très bien. Tu n’as pas de nouvelles ou des romans en point de mire ?

 

F. Bourdin : Merci pour le compliment. (sourire) Il y a un roman en effet. Un thriller plus exactement. J’ai commencé à écrire le début au printemps dernier mais il a été mis de côté à cause de la publication de mon recueil. Thierry a hâte que je m’y remette car nous l’écrivons ensemble, les idées de l’un rebondissant sur celles de l’autre. Pour l’instant tout se passe bien mais je me doute que nos idées ne seront pas toujours les mêmes. Nous ne sommes déjà pas d’accord sur la fin alors…

 

A. Bennani : « Quelquefois, je voudrais pouvoir parler au monde entier et lui crier… »
écris-tu dans ta « Lettre à l’ex ».  Il t’arrive de le faire, des fois ? (sourire)

 

F. Bourdin : (rires) Non, je ne suis pas encore montée sur le toit d’une maison, d’un immeuble ou en haut de la Tour Eiffel pour crier ce genre de rage mais j’imagine sans problème tout le bien que ça aurait pu me faire quand j’ai écrit cette lettre. Je suis pourtant d’une nature calme et compréhensible mais quand je me mets en colère… il ne fait pas bon être l’objet de celle-ci.

 

A. Bennani : On connaît à présent tes goûts pour l’écriture, le choix des thèmes…Qu’en est-il de Frédérique lectrice ?

 

F. Bourdin : Celle-ci dévore tous les livres qui lui passent sous le nez. Je n’ai pas de style particulier. La seule chose qui fait que je vais adorer un bouquin plus qu’un autre, c’est la manière dont l’histoire est écrite. Plus elle va être « tordue » (mais compréhensible), plus je vais aimer. Mais avant tout, ouvrir un livre c’est ouvrir la porte d’un autre monde. Quelques mots suffisent pour que je m’échappe dans la vie de quelqu’un d’autre, dans une autre culture ou un autre temps.

 

A. Bennani : Un petit commentaire avant de conclure cette entrevue ?

 

F. Bourdin : Oui. Etre publiée a toujours fait parti de mes rêves de petite fille et je me suis rendue compte que les rêves ne sont pas tous impossibles à réaliser. Alors merci pour cette entrevue. Même si elle était dans un but précis, j’ai eu plaisir à partager cet échange avec toi, et merci de m’avoir invitée aux débuts de Poètes Sans Frontières. C’est un peu grâce à toi aussi tout ça…

 

Entrevue réalisée en 2007


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